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JEAN-CLAUDE MAES / EMANUEL PROWELLER

::: Vernissage Vendredi 07 Août à 18h30
Exposition du 08 Août au 06 Septembre 2015
La Galerie Le Garage et Le Silence du Monde présentent deux artistes, aujourd’hui disparus mais dont l’œuvre continue à rester vivace et actuelle, et qui ont tous deux choisi Saint-Vincent-de-Durfort, petit village du Vivarais, comme lieu d'inspiration et de travail. Ils s’y sont connus, côtoyés, et y ont tissés des liens d’amitié et de complicité. C’est une partie de leur histoire que cette exposition raconte.

Une exposition organisée en partenariat avec l’association Le Silence du Monde (Saint-Vincent-de-Durfort - Ardèche).
Commissariat de l’exposition : Thierry Azam et Laurent-Marie Joubert en collaboration avec Elisabeth Proweller-Brami.


             
     Jean-Claude Maes huile sur toile. 65x80cm                                        Jean-Claude Maes Huile sur toile. 73X92cm


              
     Emanuel Proweller Riez la romaine.                                                               Emanuel Proweller Route de Provence.
     Gouache/carton. 39,5x58cm                                                                             Gouache/carton. 32,5x25,5cm
     Été 1955.                                                                                                        Été 1955.

    
    

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JEAN-CLAUDE MAES fut un artiste singulier, au confluant de plusieurs arts auxquels il consacra sa vie : la scénographie, le cinéma d’animation et les arts plastiques (peinture, céramique). Cependant, l’art qui les sous-tend tous, celui qui fut la constante de sa ligne artistique, celle qui fut et reste le socle de tous ses autres modes d’expression, fut la peinture.

Il l’exerça comme tous les autres arts avec la rigueur méthodique et le perfectionnisme passionné qui le caractérisaient. Il eut jusqu’à la fin de ses jours, une toile en cours sur son chevalet. Sans cesse, il remettait sur le métier son ouvrage, sans cesse il y revenait, toujours insatisfait, pratiquant parfois plusieurs versions d’un même sujet, d’un même thème, d’une même scène.

Qu’on ne s’y trompe pas : il serait erroné de juger sa démarche de peintre sur la quantité réduites d’œuvres exécutées, de tirer des conclusions hâtives d’après l’insuffisante reconnaissance de ses contemporains de son vivant, du peu d’expositions auxquelles il participa. Bien au contraire, cette relative discrétion signe combien l’affaire picturale lui tenait à cœur, combien la haute idée qu’il s’en faisait et aussi les contraintes pénibles de la vie matérielle jouèrent en sa défaveur.

Pourtant, il fut et reste un artiste contemporain de son temps à la peinture de facture classique et au minimalisme lyrique. Son travail reflète la période d’après guerre, époque le doute existentiel de bien des artistes qui remirent en question la figure humaine jusqu’à passer à l’abstraction pure.

  Jean-Claude Maes 1968

Jean-Claude Maes - Photo : Elisabeth Proweller-Brami

Maes, lui, nourri d’architecture et de l’art des décors, s’attacha à peindre le monde environnant : paysages et villes dépeuplés, arbres dépouillés. Mais c’était pour parler de l’Homme après les années de désastres dont il souffrit dans sa chair.

D’une ligne claire proche de certains de ses confrères belges, d’une grande modestie d’effets et de moyens dans sa gamme graphique et chromatique, Maes ne fut ni surréaliste comme un Delvaux (voire un Chirico), ni narratif comme un Magritte, ni même onirique comme un Folon. Plus tard, ses toiles vides de présence humaine lui serviront, certes parfois, de toile de fond pour des films d’animation. Pour l’heure, elles parlent de l’absence-présence de l’homme davantage que des portraits.

Maes chante les lieux qui sont pour lui, beaucoup plus que des décors, des souvenirs affectifs. Il reste scrupuleusement fidèle à la Place Furstenberg lorsqu’il la peint en Ardèche, et attaché aux ruelles de Saint-Vincent-de-Durfort, lorsqu’il peint à Paris. Tout art n’est-il pas d’abord, cette façon forcenée de chercher à re-présenter le monde, de consoler le manque et la nostalgie, de tenter de réparer la réalité en jouant de la fiction ?

En 1965, suite à la rencontre d’un artiste parisien venu planter son atelier sur la colline dominant le village, va naître une complicité longue et amicale. EMANUEL PROWELLER est alors précurseur de ce qui s’appellera la Nouvelle figuration ou Figuration Narrative. Le côtoyant souvent, puisqu’ils résident tous deux plusieurs mois par an à Saint-Vincent, Jean-Claude trouvera chez ce frère d’arme comme une confirmation de sa propre démarche. Ce dialogue lui permettra d’approfondira sa technique d’à-plats et d’espace, de dépasser parfois ses doutes. Un même goût pour la construction unit les deux artistes, un même désir de défendre à tout prix la peinture de chevalet que les années post-68 vont mettre à mal au profit d’installations et du cinétisme ambiant. La recherche de l’un est plus sensuelle, plus charnelle, dans l’exubérance des corps et de la couleur, la recherche de l’autre est plus retenue, plus cérébrale en apparence mais non moins irriguée par un même amour de la nature et de la vie.

C’est cela dont témoigne l’œuvre trop brève qu’a laissée Jean-Claude Maes. Pleine de gravité et d’humanité, elle raconte une période rare et subtile de la fin du XXème siècle. Une œuvre qui dit et continuera de dire sa vérité à condition qu’un musée lui accorde une reconnaissance publique méritée et enfin les cimaises qu’elle attend.

Elisabeth Proweller-Brami


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Emanuel Proweller Emanuel Proweller

Emanuel Proweller


Color ad libitum
L'exposition conjointe de Maes / Proweller a de quoi surprendre plus d'un aficionado de la scène artistique contemporaine, elle mérite quelques commentaires afin d'éclairer nos regards actuels sur des parcours relativement intemporelles ou rendues comme telles.

Mémorial
Les faits sont là, explicites et porteurs d'une lecture nouvelle de ces oeuvres, pour la première fois réunies. Un premier rendez-vous qui nous autorise à en présager bien d'autres: une exclusivité fondatrice où il est mis en lumière le rôle précurseur d'Emanuel Proweller et ses diverses filiations, l'influence déterminante que sa démarche picturale a pu et su exercer sur bon nombre d'amis artistes ou de son proche entourage, voir même bien au-delà du périmètre européen à la faveur d'expositions, en 1963 à New York pour mémoire.
Jean Claude Maes en fut un des premiers, depuis leur rencontre entre ardéchois d'adoption, dès 1967 ...

Nô Color
Le contexte sociétal de nos rives océaniques a vu ces dix dernières années, le retrait progressif de la couleur des scènes artistiques et plus particulièrement du champ pictural ...
Les corollaires de la consommation de masse appuient cette hypothèse de la disparition lente et obstinée de la couleur dans le chalandage de l'objet. La plus spectaculaire de ces disparitions est celle que l'on remarque dans l'industrie automobile. Au niveau mondial, la Nô Color a fait valeur de loi, soit gris métallisé, blanc ou noir, en-dehors de ce triptyque point de salut, les voitures ne se vendent plus qu'en deuil ...

Ideogical Color
Sur cette étrange disparition, c'est le champ politique qui pourrait nous éclairer, mais aussi les valeurs de merchandising, un objet pénètrerait mieux les marchés s'il est neutre. C'est la loi du genre depuis les années 2000, les deux guerres successives d'Irak y sont sans doute pour beaucoup. Le concept furtif étant devenu la clé de la domination, moins on se fait remarquer plus l'on a des chances de vaincre.
Le style ou la tenue camouflage intégré au fashion design est devenu une esthétique tendance ...
Or Maes est peintre mais également un artiste du cinéma d'animation, de la scénographie. C'est un atypique qui de plus, revendique sa belgitude. Un homme gorgé de géopolitique, cultivé, informé, qui ne trouve point d'apaisement à ses phobies, bien qu'il les aies souvent décrites dans ses films. Dans son œuvre picturale, la couleur apparaît comme une fenêtre, une ouverture irrépressible en contrepoint à ce lourd désenchantement ...

Utopic Color
Les travaux de Maes et de Proweller existent et manifestent des vitesses à rebours, ayant tous les deux à des niveaux différents eu à subir les affres de la Seconde guerre mondiale, voire des scories de la première. Les deux "peintres de chevalet" se retrouvaient au fil des années et des saisons, à Saint Vincent de Durfort, petit village du Vivarais de 247 habitants, avec une croissante complicité, en voisins d'ateliers, loin des bruits du monde, tout en restant à son écoute, tous deux issus d'un passé d'architecte, férus de composition géométrique, ils se sont rués sur la couleur pure, une force et tonicité rétinienne qui leur semblait seule capable de résister à la férocité et à la barbarie. Proweller rendu fou de couleur depuis sa période abstraite.
Maes et Proweller devinrent de plus en plus radicaux dans l'usage qu'ils faisaient de la couleur. C'est un véritable feu d'artifice chromatique qui est advenu.
La couleur est pour eux, une revendication pacifique, combative. Comme pour Charles Lapicque (1898-1988, ingénieur, physicien et peintre)(résistant) qui sera perçu de façon très négative par la critique collaborationniste. Lapicque est assimilé à de l'art dégénéré pour ses hypothèses : inversion de l'espace perspectif rendue par l'usage de la couleur saturée, les jaunes et orangés sont la proposition des arrières plans, les bleus sont à l'exercice des premiers plans.
C'est là aussi l'hypothèse de Michel Pastoureau quant à l'art héraldique, à savoir neutralisation des plans et profondeurs de champs par l'usage de la couleur pure.
La toile n'est plus un espace mais un champ/chant coloré, un tel dérèglement optique provoqué est opérant, il annule toutes fictions liées aux théories perspectives et représentations de l'espace.

Spectrum Color
La couleur irradiée chez Maes et Proweller est celle du souvenir, de la mémoire d'un monde spectral, celui qui a été et ne sera plus jamais. C'est de l'outre tombe dont se nourrit ce parti pris coloré insolent, immatériel.
C'est la couleur des esprits, la puissance des âmes, debout les morts !!!
Elle nous vient, de cette immense force de vie, des survivants du nazisme qu'ils étaient, l'un adolescent apeuré, affamé et très jeune résistant, l'autre juif polonais persécuté et traqué.
Cette offensive de la couleur se met en place avec application et jusqu'à leur mort, leurs hypothèses arc en ciel resteront indomptables, non négociables.
C'est au moment où ça résiste à toute tentative d'appropriation que cela nous parle le mieux de nos disparus, une couleur chaman faite d'invocation, d'incantation, ce que recherchait et qui parlait tant à l'anthropologue, poète et critique d'art Jean Marie Gibbal, très proche d'Emanuel ...

Est ce un hasard si à la même époque, cette dynamique chromatique déferle chez les penseurs et savants des nouveaux psychotropes sur la côte ouest des États-Unis tel que Timothy Leary (1920-1996) esthète et laudateur du LSD 25, Emmett Grogan / Ringolevio (1942-1978) concepteur et chantre du mouvement hippie, c'est à cette période que Proweller exprime son credo ..

"Je considère que le seul endroit encore mystérieux qu'est la couleur, permet une construction à la vraie échelle de l'Homme et de ses problèmes. Tandis que d'autres chantiers sont occupés par des HLM dégradants, c'est depuis longtemps dans la couleur qu'il y a de l'espoir, la couleur qui, par chance, a été laissée en friche. Elle peut vraiment être vivante. Avec la couleur enfin libérée, charger les formes de significations multiples, évoquer les présences réelles, donner à la couleur le pouvoir symbolique du langage.
Je place mon seul espoir en elle."


(texte inédit 1970 in Catalogue monographique de la rétrospective 2013 Château Lescombes / Centre d'Art Contemporain d'Eysines / commissaire Pierre Brana)

Laurent-Marie Joubert / Juillet 2015



L’association Le Silence du Monde (Saint-Vincent-de-Durfort - Ardèche) s’est constituée autour de la préservation de l’œuvre et de l’atelier de JEAN-CLAUDE MAES à l’initiative de LAURENT-MARIE JOUBERT, JEAN-YVES MADELEINE et THIERRY AZAM.

 

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Galerie Le Garage
2, Place Auriol - Lorgues
Ouvert du Jeudi au Samedi de 10h30 à 13h00 et de 17h00 à 19h30
Dimanche, de 10h30 à 13h00
06 50 66 39 98
Entrée libre
Expositions organisées avec le soutien du Conseil Général du Var.